Discours de politique générale : pour les territoires et pour la Bretagne, le temps des actes est venu


A l’occasion de la dernière session du Conseil régional, j’ai rappelé au nom du groupe « Radical, social et européen » le souhait que soit rapidement rétabli le lien de confiance entre l’Etat et les collectivités locales et que, pour la Bretagne, les ambitions affichées par le président de la République dans son discours à Quimper soient traduites en actes.

Monsieur le Président, mes chers collègues,

L’actualité vient parfois violemment percuter le débat politique. Il en est ainsi du drame que viennent de vivre plusieurs communes de l’Aude, un événement météorologique extrêmement violent qui a entraîné son lot de morts, de destructions et qui laissera des blessures durables dans les chairs et dans les esprits.

Nos pensées vont évidemment aux victimes mais aussi à l’ensemble des forces de sécurité civile qui sont intervenues. Leur professionnalisme doit être souligné et la France peut s’honorer d’avoir un système de sécurité civile performant.

Je n’ai pas pu m’empêcher de relever aussi le rôle des maires des communes concernées, avec leurs agents municipaux, présents pour prévenir les difficultés, organiser l’aide à la population, faire face à leur désespoir et, parfois, à leur colère.

Quelques jours après l’indigne campagne « Balance ton maire » lancée sur les réseaux sociaux, démonstration était faite que le maire reste le premier maillon de la grande chaîne républicaine qui nous unit tous. Plutôt que de lancer une vendetta contre les élus locaux, il serait nécessaire de les conforter dans leur rôle.

Il est heureux que cette campagne de dénigrement ait été finalement condamnée par l’ensemble des forces politiques. La question n’est d’ailleurs pas tant l’origine de cette campagne que de comprendre comment elle a pu s’installer et être relayée.

Ceci n’est pas étranger à une forme de poujadisme inversé qui s’installe progressivement dans notre pays. Inversé car ce n’est pas une base qui s’oppose à une technostructure centrale mais une technostructure centrale qui renvoie les élus locaux à un ancien monde, fait de gabegies, de clientélismes, les considérant au fond inaptes à apprécier correctement ce qu’est l’intérêt général.

Cette vision est profondément insupportable pour nous Radicaux, attachés aux territoires et à la République. Mais il n’est pas sûr que ceux qui portent cette vision en recueillent les fruits.

Car dans le même temps, la confiance dans l’action publique s’effrite. Jacques Mézard, quittant le gouvernement, a ainsi déclaré, avec lucidité, que « la concentration des pouvoirs entre les mains de ce qui est perçu à tort ou à raison comme une technocratie, un milieu restreint alimente la défiance et le sentiment d’abandon ».

Il semble qu’une prise de conscience s’opère. On peut ainsi accueillir favorablement la création d’un grand ministère des territoires et des collectivités locales avec à sa tête une femme qui connaît bien ce sujet.

J’ai également lu dans un grand quotidien national que notre collègue Richard Ferrand, dans ses responsabilités nationales, entendait être un « président des territoires ». Nous ne pouvons que l’y encourager et l’encourager à faire des émules.

Mais le temps est maintenant venu, dans la relation avec les collectivités des actes, en particulier pour la Bretagne. Or bien peu a été fait ces derniers mois, en particulier au regard des ambitions affichées par le Président de la République dans son discours de Quimper.

Ainsi, concernant la différenciation, nous n’avons pas de retour sur nos propositions pourtant élaborées de manière constructive et transpartisane sous la houlette de Jean-Michel Le Boulanger. Ce silence de l’Etat est d’autant plus paradoxal qu’au même moment le gouvernement missionne les préfets pour revoir de fond en comble l’organisation de l’Etat localement.

Il y a pourtant là une opportunité pour notamment mieux articuler l’action de l’Etat et celle des collectivités. Notre conviction est que nous avons besoin d’un Etat fort dans les compétences régaliennes ce qui implique pour les autres champs de laisser pleinement la main aux collectivités. L’autonomie locale n’est pas l’ennemie mais au contraire la condition d’un Etat garant du pacte républicain.

Sur le sujet des mobilités, les avancées paraissent également timides hormis quelques annonces sur le foncier aéroportuaire. On peine à voir quelle est l’alternative au projet Notre-Dame-des-Landes envisagée par l’Etat.

Nous sommes également en attente d’engagements en matière d’énergies marines renouvelables. Le ministre de Rugy a fait une réponse encourageante mardi à l’Assemblée en réponse à l’interpellation des députés finistériens. Mais c’est le calendrier retenu dans la programmation pluriannuelle de l’énergie qui manifestera la réalité du soutien à une vraie politique industrielle en la matière, politique essentiellement portée par les Régions.

Il faudra des actes et des actes positifs. On peut regretter de ce point de vue la perspective parfois évoquée d’une recentralisation de la PAC. Un projet de loi de finances qui, pour les Régions, reviens sur les engagements du Premier ministre l’an dernier.

Ou encore le discours de la ministre du travail qui se félicite de la croissance du nombre d’apprentis en l’attribuant à sa politique (qui se limite à cette heure à la publication de la loi « Avenir professionnel » au Journal officiel) quand ce sont les Régions qui exercent cette compétence, du moins pour un an encore. Ma collègue Sylvie Argat-Bouriot aura l’occasion d’interroger l’exécutif régional sur ce sujet.

Personne n’a rien à gagner à une opposition stérile entre Etat et collectivités. Nous l’avons déjà dit plusieurs fois ici : aucune réforme utile ne se fera sans les territoires et encore moins contre eux.

Il faut de la confiance. L’Etat trouvera en Bretagne des acteurs exigeants mais toujours disponibles. La belle mobilisation autour de la Breizh Cop, lancée à votre initiative Monsieur le Président, démontre qu’au-delà de notre institution, c’est tout le corps social breton qui est prêt à se mobiliser pour préparer la Bretagne de demain et assumer des changements de modes de vie que la situation, on l’a vu avec le drame de l’Aude, ne manquera pas de nous imposer.

Il ne faut pas que des décisions nationales viennent tuer cet élan et que soit reconnue qu’une action publique efficace résultera plus de la co-construction et que la verticalité. C’est le remède contre la défiance et le sentiment d’abandon.

Les Radicaux, qui ont participé à la création du groupe « Libertés et territoires » à l’Assemblée nationale, seront vigilants à ce sujet au plan national comme au plan local.

PRÉCÉDENT Session du 22 juin 2018 – Politique générale- Intervention de Stéphane Perrin
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