Session du 13 octobre 2016 – Débat de politique générale – Intervention de Stéphane Perrin, Président du groupe Radicaux de gauche et apparentés


Monsieur le Président, Mes chers collègues,

L’actualité de ces dernières semaines aura été marquée par d’importantes avancées pour nos territoires. Dans un contexte qui reste marqué par les difficultés sociales que peuvent rencontrer nos concitoyens, par l’incertitude liée au Brexit, par des marchés agricoles tout juste stabilisés, il est important de relever ces avancées qui sont autant d’acquis pour notre avenir.

Je veux retenir tout d’abord l’annonce faite par le Premier ministre le 29 septembre dernier lors du Congrès des Régions de France à Reims concernant les ressources des Régions. Demain, les Régions ne seront plus financées par une dotation de l’Etat mais par une part d’impôt national.

Derrière cette annonce d’apparence technique apparaît une révolution girondine, un mouvement de « déjacobinisation » pour reprendre vos termes, Monsieur le Président. Cette évolution majeure ne peut que recueillir l’assentiment des Radicaux de gauche dont l’attachement à la décentralisation ne s’est jamais démenti. Elle sera à la matière budgétaire ce qu’a été à la matière juridique la décentralisation Deferre qui avait mis fin au contrôle préalable de l’Etat sur les actes des collectivités locales et donc à la tutelle de l’État sur ces collectivités.

Le mode de financement de nos régions sera désormais à l’image de celui des Länder allemands, même si les volumes financiers et le champ des compétences restent moindres. Il est heureux que la République marque ainsi sa confiance dans les territoires et que l’Etat envisage les Régions comme des partenaires et non comme des vassalités.

Il reste maintenant à inscrire dans la loi cette avancée. Mais l’annonce du Premier ministre sonne déjà comme une réponse à la surenchère à laquelle se livre les candidats à la primaire de droite concernant les collectivités quant à la purge qu’ils leur promettent.

Les mêmes qui mettent en cause le gouvernement au sujet de la contribution des collectivités locales au redressement des finances publiques envisagent pour elles des économies deux fois supérieures à celles réalisées ces quatre dernières années. La palme revient sans conteste à M. Fillon qui n’envisage rien de moins que la fin de la libre administration des collectivités locales. Inutile d’insister davantage sur le caractère rétrograde de ces propositions.

Autre avancée, celle concrétisée à Groix dans le cadre de l’avenant au contrat État – Région. L’Etat et la Région Bretagne s’engagent à mobiliser 28 millions d’euros supplémentaires à destination des territoires ruraux et 10 millions d’euros supplémentaires au bénéfice de nos PME innovantes. Cet effort traduit bien la volonté de ne laisser tomber aucun territoire et aucun pan de notre économie.

Avec la concrétisation du projet d’éolien flottant au large de Groix, ces avancées concrètes témoignent de la mobilisation des pouvoirs publics et notamment de notre collectivité pour continuer à avancer même quand les vents sont contraires, à préparer l’avenir plutôt qu’à subir les événements.

C’est cette même mobilisation qui amène la Région Bretagne à solliciter aujourd’hui une délégation de compétence s’agissant de l’emploi comme elle l’a fait précédemment pour l’eau ou pour la culture. Notre collectivité a pris ses responsabilités et les résultats concrets obtenus, qu’il s’agisse de la reconquête de la qualité de l’eau ou du dynamisme culturel de la Bretagne démontrent que la Région constitue un acteur politique crédible.

C’est encore cette mobilisation qui apparaît au travers de l’avancement de « Bretagne Très Haut Débit ». Chacun doit être conscient que la Bretagne aura un temps d’avance parce qu’elle a adopté une stratégie régionale, qu’elle a inscrit l’équilibre et la cohésion comme principes d’action et surtout un objectif de 100% de couverture du territoire breton par la fibre.

Cette stratégie allie montée en débit et déploiement de la fibre quand beaucoup de collectivités privilégient la première au détriment de la seconde. La Bretagne sera à 100% de couverture par la fibre quand l’objectif de 80% fixé au plan national reste incertain.

Pourtant, les attentes en la matière sont de  compte tenu des besoins du monde économique, de la dématérialisation croissante des démarches administratives et de la rapide évolution des usages. L’attention prêtée par la Région Bretagne à la situation des établissements scolaires est de ce point de vue essentielle.

Le volontarisme, c’est enfin celui de la Région Bretagne dans sa communication pour renforcer l’attractivité de notre territoire. L’arrivée de la grande vitesse doit être l’occasion de mettre en avant l’ensemble de nos atouts qui ne se limitent pas à des paysages de cartes postales. Il existe une concurrence entre les territoires, que l’on ne peut nier.

Cette mobilisation de la Région Bretagne aux côtés du monde économique et des autres collectivités produit des effets concrets. C’est par exemple l’implantation de l’entreprise Monbana dans le pays de Fougères, territoire dont l’attractivité est ainsi établie. C’est encore l’annonce officielle de la production du véhicule 5008 sur le site PSA de Rennes, confortant ainsi notre pôle automobile et l’ensemble des sous-traitants. C’est enfin l’ouverture de l’usine Synutra à Carhaix qui  offre les indispensables perspectives à l’exportation nécessaire au développement de l’agriculture bretonne.

Il faut espérer que demain, cette même mobilisation de tous les acteurs, notamment de la Région Bretagne et de l’Etablissement public foncier permettra de redonner un avenir au site précédemment occupé par Gad à Lampaul-Guimiliau.

Notre rôle ne peut consister à entretenir des discours anxiogènes ou dépressifs. Nous devons affronter la réalité pour ouvrir le champ des possibles.

Notre pays est confronté au danger de l’émiettement de notre société, du repli identitaire et communautariste, à la folie meurtrière de ceux qui n’ont aucune considération pour la vie humaine, tels le terroriste qui a frappé Nice le 14 juillet dernier, les assassins du père Hamel ou ces barbares qui ont attaqué des policiers à Viry-Châtillon.

Mais ce pays permet toujours la réussite de ceux qui se battent. Comment ne pas être touché par l’image d’Estelle Mossely, fille de banlieue, née d’un père d’origine congolaise et d’une mère d’origine ukrainienne. Elle a su faire honneur au drapeau français en devenant championne olympique de boxe à Rio. Une femme qui s’accomplit à la fois sportivement en boxe et professionnellement en menant une carrière d’ingénieur. Démonstration est faite qu’aucun plafond de verre n’est immuable.

Notre devoir est qu’il y ait demain le plus d’Estelle Mossely possible pour que personne ne soit prisonnier de sa condition sociale, de son éloignement géographique des lieux de décisions, des chaos de son parcours personnel.

Ce travail nécessite de la constance, de l’opiniâtreté mais il s’agit de qualités généralement reconnues aux Bretons. Continuons d’être au rendez-vous car le renoncement ne peut faire partie de nos options. Le renoncement serait incompatible avec la tradition humaniste de la Bretagne.

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